Capscreen de la publicité Nana, broderie de vulve avec perle

La vulve polémique de “Nana”

Retour sur la dernière publicité de la marque Nana qui a beaucoup fait parler ces derniers temps. On vous dit tout.

Voilà maintenant plusieurs mois que la dernière publicité Nana appelée “Viva la Vulva”, fait couler beaucoup d’encre. Passant sur nos écrans à toute heure de la journée, certain.es y voient une publicité “abjecte” et choquante. Revenons sur cette réclame qui met en lumière le débat des menstruations.

Le tabou des règles

Nana, l’une des marques les plus connues dans la commercialisation de produits hygiéniques a décidé de changer de créneau, mais de continuer à faire vendre, en ouvrant les yeux sur un sujet bien réel : les règles. Qu’on se le dise, la plupart du temps, les publicités pour tampons et serviettes hygiéniques sont plutôt “soft”. On y voit des jeunes filles bien dans leur corps (et bien “sous toutes les coutures”, répondant aux diktats de la beauté occidentalisée) qui s’autorisent la natation grâce à leur super tampon avec sécurité anti-fuites ou de faire du skate avec une serviette méga bien adaptée à leur morphologie.

Évoquer les saignements menstruels en famille est déjà compliqué, alors les montrer à la TV -sujet encore tabou dans notre société- n’est pas évident. De fait, le sujet est toujours abordé de manière subliminale. Il est hors de question de montrer une once de sang sur le petit écran – trop sale ! Jusqu’à la dernière pub de Nana, bien décidée à désacraliser, démystifier le sexe féminin (qui souvent est caché dans les spots publicitaires, voire même sacralisé car étant LE sexe donnant la vie).

Avant d’aller plus loin, pour ceux et celles qui n’auraient pas vu la vidéo, voici le lien.

Capscreen du clip de la publicité Nana, règles, polémique, cupcake au chocolat avec une ouverture semblable à une vulve rose, sur un fond bleu canard
Capscreen du clip de la publicité Nana / Youtube : Nana France

Une publicité choquante ou poétique ?

Des fruits, des gâteaux, des fleurs, des coquillages, des formes en origami sont les représentations poétiques et douces de la vulve féminine dans la dernière campagne de Nana. Mais dans ce méli-mélo de métaphores, accompagné d’une petite musique d’ambiance, s’entrecroisent aussi des images plus “crues” avec du sang bien rouge, des culottes tachées… Il n’en fallait pas plus pour choquer certain.es Français·es. Face à ces images qui font appel tantôt à l’imagination, tantôt au réel, deux camps s’opposent: le clan “oh-mon-dieu-mais-si-les-enfants-voient-cette-pub-à-l’heure-du-goûter-que-vont-ils.elles-penser ?”, dénonçant des images vulgaires et le clan “géniale cette sublimation”, convaincu de la dimension moderniste, avant-gardiste de la manière dont les périodes sont évoquées.

Face à un climat tendu, plus de 1 000 signalements auprès du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) et une pétition comptant plus de 16 000 signatures, lancée pour suspendre la diffusion télévisuelle du spot publicitaire, la marque a réagi sur son site internet: « Chez Nana, nous pensons que chaque vulve est unique, et que les différences doivent être célébrées. Des poils pubiens à la taille des lèvres, nous voulons que vous soyez fières de ce que vous avez. Après tout, la honte et la gêne vis-à-vis de cette petite (mais incroyable) partie de notre corps peuvent avoir un impact très négatif sur la confiance en soi. » Voilà qui est bien répondu ! Il a fallu attendre 2020 pour montrer, plus ou moins, ce que sont vraiment les règles à la télévision.

Capscreen du clip de la publicité Nana, corps nu féminin avec une papaye coupée devant le pubis. L'ouverture du fruit représentant l'ouverture de la vulve. Fond ocre, règles, polémique.
Capscreen du clip de la publicité Nana / Youtube : Nana France

Toutefois, en 2018, la marque avait déjà lancé le débat avec un slogan cash, trash pour certain.es: “Contrairement à ce que l’on croit, les femmes saignent”, un spot qui avait alors suscité également de vives réactions. Aujourd’hui le CSA a été saisi. L’institution de l’audiovisuel français a rendu son verdict le 6 novembre dernier et “n’a pas constaté de manquements […]. Les images en cause, si elles ont pu surprendre, sont directement en lien avec les produits promus et ne peuvent être considérées comme véhiculant une image dégradante de la femme.” 

Alors quoi retenir de tout ça ? Quel est le vrai problème dans le fond ? Que le sexe féminin soit comparé à un muffin chantant, à un coquillage vivant ou bien à une pêche ? Ou bien, il a tellement été sacralisé – et/ou dénigré – jusqu’alors qu’il ne faille pas le montrer dans sa globalité.

Et vous, qu’en pensez-vous ? A quel clan appartenez-vous ? Ne pensez-vous pas que les enfants de 2020 voient bien pire en terme d’images choquantes à la TV et ailleurs (on en parle des réseaux sociaux ?) ? Ne croyez-vous pas qu’il est temps d’évoquer et de montrer les choses -dans ce cas les règles- telles qu’elles existent vraiment ? Qu’est-ce qui est considéré comme sale avec les “ragnagna” (expression soit dit en passant qui proviendrait de l’onomatopée de la femme de mauvaise humeur, hummm on adore !) ? Qu’est-ce qui met si mal à l’aise, et pourquoi avons-nous un problème avec les anglais (et non Anglais, même si nous sommes en plein Brexit) ? Devons-nous rappeler la définition même des règles ? Les menstruations ne sont que l’aboutissement d’un processus complètement naturel de désintégration d’un ovule non fécondé. Ça c’est dit ! Déso pour ceux.celles qui le découvrent !

Capscreen du clip de la publicité Nana / Youtube : Nana France

Une chose est sûre: le sujet des règles est encore et toujours tabou en France, au XXIe siècle. Mais les femmes n’ont pas à se cacher de saigner tous les mois. Oui ce n’est pas notre moment du mois préféré, mais faut-il pour autant mépriser son corps, l’oublier, le et se cacher pendant cette période ? Bien sûr que non ! Ce n’est pas quelques taches de sang au réveil dans notre culotte de pyjama qui va nous gâcher notre journée. Nous avons d’autres préoccupations bien plus importantes (l’égalité salariale, la charge mentale…) et d’autres combats à mener (la baisse du nombre de féminicides, la reconnaissance des personnes transgenres, l’accès à l’avortement pour toutes…) en l’espace d’une seule journée et elle est déjà bien assez remplie comme cela pour se sentir mal dans notre corps. Alors réglées ou pas, vivons tout simplement !

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