Mahrael Boutros, ©Unsplash, Deux femmes dans un lit.

La PMA : entre questions, égalité et “modernité”

La PMA (Procréation Médicalement Assistée) pour toutes les femmes suscite de nombreuses interrogations et un vif débat, actuellement, en France. 
 
D’aucuns n’ont pas l’habitude de s’exprimer, de donner leur avis même autour d’un bon verre de vin entre copains. Mais j’ai l’impression que lorsque l’on parle PMA, tout le monde peut partager son opinion. Comme il y a quelques années, comme projeté en arrière devant le débat du Mariage pour Tous (une réussite votée en 2013 à l’initiative du président Hollande, qu’il faut bien avoir le mérite de lui attribuer). 

PMA et climat délétère 

La PMA pour toutes les femmes qui comprend l’insémination artificielle et différents types de fécondation in vitro (FIV) fait beaucoup parler. Avant d’aller plus loin, éclaircissons un point d’ordre terminologique. Dans l’énoncé de la loi dite “PMA pour toutes”, cela concerne les femmes cisgenres, c’est-à-dire que les personnes transgenres ne sont pas incluses dans l’accès à la PMA. Ce sont -comme souvent- les grandes oubliées de ce débat. Il semblait important de le préciser.
 
Bref, si l’on s’en tient à un débat excluant ces personnes, la question est donc de savoir s’il faut, oui ou non, attribuer à un couple de lesbiennes le droit d’avoir un enfant de manière médicalement assistée sur le sol français ? Faut-il, oui ou non, permettre à un couple de même sexe d’avoir la possibilité d’élever un enfant dans un cadre légal et encadré ? Faut-il, oui ou non, permettre à une femme seule de concevoir un·e enfant ? Nombreux·euses sont ceux et celles qui voient dans cette avancée une rupture anthropologique (un acte contre-nature) de notre société, voire même une césure dans la société française, et pour pousser à son paroxysme le débat: un effacement du modèle parental existant (un couple = un papa + une maman).
 
 
Comment, en 2020, pouvons nous encore mettre cette vieille théorie en avant ? Comment en 2020 croire que ce modèle parental est le fondement même de notre société ? A croire que ces personnes que l’on a vu défiler dimanche dernier dans les rues de Paris et d’ailleurs ne vivent pas dans la même époque que nous. Il y a bien longtemps que ce modèle patriarcal est mort, que les femmes ne sont (théoriquement) plus soumises ni à leur mari ni à une société qui dicte ses codes (si, bien sûr, on ferme les yeux sur l’oppression, l’harcèlement sexuel, les féminicides etc). Nous vivons dans une époque où le mariage n’est plus la norme (près d’un mariage sur deux se termine par un divorce 1)Près de 45% des mariages finissent par un divorce (chiffres issus du site Jurifiable.com. Une époque où le nombre de familles recomposées explose (plus de 8% des familles françaises sont des familles recomposées 2)Plus de 1,6 millions d’enfants vivent aujourd’hui dans des familles recomposées. Et plus de 600 000 personnes cohabitent avec les enfants de leur nouveau conjoint (chiffres issus du site Jurifiable.com. Une époque où des petites filles manifestent leur envie de jouer à la voiture ou de faire du bricolage. Une époque où le mot pansexuel 3)un·e pansexuel·le est une personne qui peut être attirée sentimentalement, sexuellement ou psychologiquement par tous les genres existants est bel et bien intégré dans notre société.

Une avancée réelle, mais hors de nos frontières

La PMA existe déjà dans d’autres pays d’Europe (la Belgique, le Danemark, l’Espagne…) et du monde (Etats-Unis, Mexique…), même si des disparités législatives existent entre ces pays. Nombreux sont les couples lesbiens, et les femmes seules, qui n’hésitent pas à sortir de nos frontières pour bénéficier de cette aide médicale avant de revenir en France. Neuf mois plus tard, le fruit de cette aide médicale donne naissance à un·e enfant qui sera donc élevé·e par un couple de même sexe en France. Dans ce contexte, ne faudrait-il pas mieux encadrer cette pratique sur notre territoire et permettre à ces enfants né·es de PMA d’être reconnu·es et protégé·es par la législation française ? 
 
Aujourd’hui, nous avons déjà du recul sur le nombre de naissances d’enfants français né·es de PMA. Selon l’Agence de la biomédecine, plus de 23 000 naissances en France sont issues de PMA chaque année, soit 2,8% sur l’ensemble des naissances.
 
Certain·es enfants né·es de PMA en âge de parler, ont envie de s’exprimer en leur nom et d’arrêter d’être pointé·ées du doigt, stigmatisé·es. Pourquoi ne pas donner plus d’importance à leurs témoignages ? Ne sont-ils et elles pas les mieux placé·es pour parler de ce sujet ? 

Comme toujours, la liberté des femmes remise en cause

Mais derrière ce débat et les critiques exprimées à l’encontre de l’autorisation de la PMA pour toutes, c’est avant tout la liberté des femmes qui est remise en cause. Sa liberté à aimer le même genre que soi, sa liberté à disposer de son corps, sa liberté à obtenir le même droit que les autres femmes (cis, hétérosexuelles et en couple). Allons plus loin et osons dire que ce qui fait”peur” aux opposant·es à la PMA (étrangement, ce sont les mêmes que ceux·celles qui étaient contre le Mariage pour tous) c’est sans doute une société où l’accès à la maternité pourrait se faire sans gente masculine, sans rapport sexuel, sans cette bonne vieille méthode selon laquelle ces bons vieux spermatozoïdes devraient rencontrer (dans un couloir étroit et sombre appelé vagin) ces bons vieux ovules qui seraient là bien installés, attendant gentiment une seule chose: être fécondés. 
 
Finalement, on revient toujours au même débat qui perdure encore et toujours : la liberté des femmes et leur sexualité. 
Une femme lesbienne, ou célibataire, ou les deux, serait punie et ne pourrait pas avoir de descendance parce qu’elle a choisi de vivre seule ou avec une personne de même sexe. Comment pouvons-nous priver une femme de devenir mère parce que son “profil sexuel” ne correspond pas à notre bien-pensante société ? C’est assez réducteur.
 
Essayons juste de faire preuve de bon sens et d’un peu d’intelligence. Il serait grand temps d’oublier ces vieilles théories archaïques et d’aller de l’avant. Ces enfants ne sont pas moins bien élevé·es ou même moins bien aimé·es parce qu’ils et elles vivent avec deux mamans (ou une maman dans le cas des femmes célibataires qui réclament ce droit à la maternité). 
 
Mercredi dernier, le 22 janvier, la PMA pour toutes a été validée (à 160 voix contre 116) par le Sénat. En revanche, les sénateurs ont adopté un amendement visant à limiter sa prise en charge par la sécurité sociale. 
Dimanche dernier, des couples de femmes se sont embrassés face à des manifestants hostiles à ce désir de maternité. Quoi de plus beau qu’un baiser, que l’AMOUR pour contrer la haine ?
 
 
Chloé Dckr
 
 

References   [ + ]

1. Près de 45% des mariages finissent par un divorce (chiffres issus du site Jurifiable.com
2. Plus de 1,6 millions d’enfants vivent aujourd’hui dans des familles recomposées. Et plus de 600 000 personnes cohabitent avec les enfants de leur nouveau conjoint (chiffres issus du site Jurifiable.com
3. un·e pansexuel·le est une personne qui peut être attirée sentimentalement, sexuellement ou psychologiquement par tous les genres existants

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